Capture d’écran 2015-10-19 à 11

Spécialiste de l'art populaire, l'antiquaire douarneniste Alain Le Berre présente quelques vêtements très anciens, aux côtés des oeuvres de Cécile Borne, le tout formant l'exposition « Habits-mémoire », au Centre des arts.

L'affiche de l'exposition est un gros plan sur un tissage réalisé avec autant d'application que de désordre. Des fils de laine bleu de Prusse, rose tyrien ou rose pâle viennent croiser une trame gris chiné avec une joyeuse liberté. En pénétrant dans l'exposition, on découvre alors, à l'abri dans un coffre de verre, la pièce textile qui a inspiré l'affiche. Et là ...

Le caleçon d'un marin-pêcheur

C'est un très vieux caleçon long, entièrement reprisé. Sur la ceinture en lin écru, fermée par deux boutons dépareillés en corne, deux initiales au point de croix : JP. Les jambes sont tricotées à la main, au point de côte, dans une fine laine grise. « Il est difficile de dater cette pièce mais elle est construite comme un vêtement du XIXe siècle, atteste Alain Le Berre. Je sais simplement que ce caleçon a appartenu à un Terre-Neuvas et qu'il est entré dans un musée pour la première fois en 1927. Je l'ai acquis au cours d'une vente aux enchères ». Un achat coup de coeur.  ... / ... 

 Était-ce le marin qui, aux heures vides, s'amusait à repriser sans fin son caleçon ? Pour qu'il soit plus épais, plus chaud ? Était-ce l'oeuvre de son épouse, à la manière d'une Pénélope, un peu artiste, un peu folle peut-être ? On ne le saura jamais mais ce caleçon est bel et bien arrivé jusqu'à nous ainsi, entièrement reprisé de belles couleurs. « Avec le temps, le vêtement n'est plus portable. Il devient pièce de collecte, témoignage social », rappelle Alain Le Berre, montrant ce jupon d'hiver présenté un peu plus loin. En laine de mouton blanc du Cap, filé à la main, c'était un sous-vêtement de paysanne de Plogoff et, pourtant, il est tricoté avec de nombreuses variantes de points fantaisie. Et pourquoi pas !

Sauvés de la poubelle

Plus loin, un tablier de marin-pêcheur … /… sans doute avec une aiguille de voilier. Et cette vareuse en toile écrue trempée dans la teinture en même temps que les filets puis enduite d'huile de lin. « Je l'ai trouvée dans un grenier, littéralement collée à un manteau en peau de lapin, raconte Alain Le Berre. Ça partait à la poubelle... ». … / … « Sans doute parce que je partage avec elle cette émotion que nous procurent ces pièces textiles au bord du déclin, à la limite du rebut, dans leur stade ultime avant leur disparition ».

Pratique
Habits-mémoire, au Centre des arts, 88, rue Louis-Pasteur, jusqu'au 17 décembre. À lire, dans un coin de la salle, les poèmes de six auteurs invités à s'exprimer sur le caleçon rapiécé. Du mercredi au dimanche, de 14 h à 18 h. Entrée libre.
© Le Télégramme