14 décembre 2009
Ces petits façonniers français ... fin
"BOMBE À RETARDEMENT"
A Roanne, Chantal Laboure, gérante de Jean Ruiz, travaille avec des
créateurs haut de gamme comme Pôles ou Anne Valérie Hasch. "On fait de
la mise au point de produits, si bien que nous facturons aux clients la
recherche, alors que ce sont eux qui bénéficient du crédit d'impôt
recherche", s'agace-t-elle. "Cotraitante", elle achète le fil, mais est
payée tardivement, parfois à 60 jours. La société Simon Fonlupt, en
Mayenne, a quant à elle failli perdre Céline (LVMH) comme client, qui,
après avoir envisagé au printemps de délocaliser sa production en
Italie, a finalement fait machine arrière.
"Il y a des avancées", constate Mme Reille, comme les mesures destinées
à assouplir le recours au chômage partiel. Elle cherche à améliorer la
compétitivité des façonniers et examine les dysfonctionnements de cette
filière. L'un d'eux tient aux délais trop longs - en moyenne 50
semaines - entre le dessin d'un modèle et sa mise en boutique. "L'Etat
a mis en place des outils d'attente qui seront précieux s'il y a une
reprise, sinon, cela aura l'effet d'une bombe à retardement", prévoit
M. Vandenbor.
Nicole Vulser
Edition abonnés Archive (N'étant pas abonnée je vous livre leur résumé) : Les géants du luxe
assument leurs délocalisations Calvin Klein, Ralph Lauren, Armani, Prada, Burberry... Tous recourent à
des sous-traitants des pays émergents. Chez les géants français du
luxe, la délocalisation est encore un sujet tabou. C'est beaucoup moins
vrai chez leurs homologues américains ou italiens qui, eux, assument,
plus volontiers, de telles pratiques. Ce phénomène tend à s'accélérer,
surtout pour les lignes de prêt-à-porter ou les accessoires. Le
maroquinier américain Coach n'en fait pas mystère : ses sacs à main
sont fabriqués en Chine et en Inde. Calvin Klein sous-traite en Asie.
Les polos Tommy Hilfiger et Ralph Lauren sont cousus en Indonésie. La
liste est longue. Chez les italiens, Prada crée une partie de sa
maroquinerie en Turquie.
Propos recueillis par Nicole Vulser - lemonde.fr / economie - A suivre ...
13 décembre 2009
Ces petits façonniers français ... suite
Façonniers du luxe, un secteur à l'agonie
Un secteur en péril. Les PME françaises de la haute façon - qui
cousent et réalisent les vêtements pour les maisons de couture - voient
leur carnet de commandes chuter. Leurs clients partant à l'étranger,
elles licencient à tour de bras. Disparaissent aussi.
Christian Estrosi, le ministre de l'industrie, a récemment convié des
acteurs du luxe et de la mode française pour "refonder" leurs relations
avec leurs sous-traitants. Il promet, pour la fin janvier 2010, une
charte de bonne conduite entre les grandes griffes françaises et ces
entreprises qui garantissent un label "made in France". Grande
première, les patrons de Dior, Hermès, LVMH, Chanel, Lanvin,
Balenciaga, Jean Paul Gaultier, Céline, Sonia Rykiel, Lefranc Ferrand
ou Agnès b s'en alarment et pourraient s'engager sur un minimum de
commandes.
La façon ne représente plus que 250 petites et moyennes
entreprise (PME) de plus de 20 salariés, dont la moitié travaille pour
le luxe. Selon Clarisse Reille, chargée de mission à Bercy, ce
microsecteur représente 6 000 emplois, essentiellement dans les pays de
la Loire. Elle met en lumière, dans un rapport sur ce secteur, "la
forte asymétrie" entre les donneurs d'ordre (les griffes, les marques)
et la façon : là où la profitabilité des premiers s'élève à 23,8 %,
celle des petites mains tombe à 4,4 %.
Par ailleurs, le coût de la façon ne représente que 5 % à 7,5 % du prix
de vente final du vêtement. "L'argument selon lequel le coût des
façonniers français serait trop élevé et constituerait un problème
sérieux aux donneurs d'ordre s'avère largement exagéré", affirme celle
qui est aussi chargée de favoriser l'émergence de ce code de bonne
conduite.
Sur le terrain, ces PME constatent une baisse des ventes, un recours
massif des donneurs d'ordre à la délocalisation. "Les carnets de
commande ont chuté de 30 % à 60 % depuis septembre 2008, pendant que
les emplois ont fondu de 15 % à 20 %", souligne Laurent Vandenbor,
délégué général de Ouest Mode Industrie, qui représente une centaine
d'industriels.
"Dans le textile, les délocalisations datent des années 1970, affirme
Jean-Pierre Chanteclair, président d'une société du même nom à Troyes.
Depuis 2000, on perd presque chaque année notre premier client." Sonia
Rykiel, elle, a déjà stoppé ses commandes de tee-shirts qu'elle fait
fabriquer au Portugal. Le gouvernement aide certes "les entreprises
innovantes. Mais je n'ai pas l'intention d'habiller les gens qui vont
sur la Lune", dit-il.
Le mal est plus profond aux yeux de Daniel Juvin, président de Grandis,
dans la Manche : "L'industrie de
la main-d'œuvre a été sacrifiée sur
l'autel des délocalisations. Il est grand temps de répartir
différemment la valeur des choses. Aujourd'hui, le produit ne vaut plus
rien : si l'on regarde une multinationale comme Nike, 33 % du prix du
produit provient de la recherche et du développement, du marketing et
de la communication, qui emploient 23 000 personnes dans le monde ; la
fabrication ne représente plus que 2 % de sa valeur mais emploie 600
000 personnes. On n'achète plus le produit en tant que tel mais la
publicité, les stars qui le portent." Grandis a subi la crise et la
perte d'un de ses importants clients, Christian Lacroix, qu'il a
soutenu jusqu'au bout. "On a peu compris à quel point l'industrie joue
un rôle fondamental dans l'aménagement du territoire", ajoute-t-il.
"Notre principal problème, c'est de nous faire payer", se désole
avec franchise Martine Durand, gérante de la TPE gardoise Circé. Comme
de nombreux façonniers, ses gros clients sont partis à l'étranger.
D'abord la maison Chacok en 2006, puis Madame Zaza de Marseille et Coco
Menthe. Mme Durand a dû licencier, mais continue de travailler pour
Cacharel. Avec une nouvelle règle du jeu : le travail n'est donné que si le chèque est là. Propos recueillis par Nicole Vulser - lemonde.fr / economie - A suivre ...
12 décembre 2009
Ces petits façonniers français ... suite
Agnès b. a attiré très tôt l'attention des pouvoirs publics sur les difficultés des façonniers français. Elle explique sa façon de défendre le "made in France".
Quelle est la part de vos vêtements qui sont fabriqués en France ?
Près de 37 % de nos volumes de vente pour une valeur d'achat de 57 %. Nous sommes les seuls à se situer à un tel niveau d'engagement. Nous travaillons, parfois depuis vingt-cinq ans, avec neuf usines françaises qui occupent au total 500 personnes. Pour certains façonniers comme TAT (tricotage), près de Toulouse, nos commandes représentent plus de 50 % du chiffre d'affaires. Nos tee-shirts rayés sont fabriqués à Troyes. Les robes, les jupes, les pantalons, les manteaux dans les Pays de la Loire.
Couturière chez un sous-traitant du luxe, Yann Bastien, en 2007 à Romans-sur-Isère.
Mais quand vous avez démarré, tout était fabriqué en France ...
Aujourd'hui, il n'est plus possible de faire fabriquer en France des jeans ou des costumes pour hommes. Il n'y a plus d'ateliers pour cela. Tout doit être fait en Italie, en Roumanie pour les costumes, au Maroc pour les jeans. En France, deux des ateliers avec lesquels nous travaillions ont fermé, car ils n'avaient plus assez de commandes. Je n'ai jamais été de celles qui ont délocalisé pour gagner plus d'argent. Au contraire, j'ai toujours freiné pour que l'on continue à fabriquer en France. Même si une minute de confection coûte 70 fois plus cher qu'en Thaïlande. On aurait gagné 3 millions d'euros de plus par an si tout avait été délocalisé. En Asie, où nous réalisons plus de 60 % de notre chiffre d'affaires (sur 248 millions d'euros en 2008), les clients sont demandeurs du label Made in France.
Où faites-vous confectionner ce qui ne l'est plus en France ?
En Chine, pour les pulls en cachemire et en soie, parce que les matières premières se situent là-bas. Pour la même raison, c'est au Pérou qu'est confectionné l'alpaga. A l'île Maurice, où ils ont acquis un savoir-faire dans le tricot. Les Japonais préfèrent les jeans fabriqués chez eux. Et les chaussures sont faites en Espagne, en Italie ou au Maroc car il n'existe plus de fabricants en France.
Que pensez-vous de l'idée du ministère de l'industrie de demander aux donneurs d'ordre de s'engager sur un niveau de fabrication dans l'Hexagone ?
J'espère qu'ils vont s'engager, même si ce n'est pas simple. Ce n'est qu'un début, une prise de conscience.
Propos recueillis par Nicole Vulser - lemonde.fr / economie - A suivre ...
11 décembre 2009
Ces petits façonniers français ...
... de la haute couture qui refusent de mourir.
"On est les derniers des Mohicans. Si on meurt, le savoir-faire français dans la maille de luxe disparaît", lance Hervé Coulombel, façonnier qui fournit de grandes marques comme Chanel, Hermès, Nina Ricci ou encore Dior.
Son entreprise, Maille Création, fait partie avec une centaine d'autres PME, des derniers façonniers et artisans travaillant pour la haute couture en France, comme le fut World Tricot, ancien sous-traitant de Chanel aujourd'hui en procès contre la maison de luxe.
Maille Tricot est "la seule en France à créer une maille de si haute qualité. On part d'un fil. On le tricote pour fabriquer un tissu. On fait des propositions sur un thème fixé par le client", raconte Hervé Coulombel.
L'entrée de son usine de quelque 80 salariés, installée dans une zone artisanale du village de Port-Brillet, près de Laval (Mayenne), ressemble à un musée Chanel, avec quatre somptueuses robes de la griffe pour accueillir le visiteur.
A l'intérieur, des machines de haute technicité et des ouvriers ultra-spécialisés contrôlent la confection du tissu, assemblent des pièces plus fines les unes que les autres, parfois à la loupe.
Sur des machines rondes à picots, des "remailleuses" accrochent maille par maille une pièce de tissu pour l'assembler à une autre afin d'éviter toute couture apparente. "Du travail d'orfèvre", commente M. Coulombel.
"On n'est pas des petites mains. On ne parle jamais de nous car c'est un milieu très secret mais on fait des miracles", souligne une technicienne qui préfère, comme beaucoup dans la profession, conserver l'anonymat.
Car le secret prime dans ce milieu où chacun doit rester à sa place. Commande ou modification de dernière minute de certains stylistes, prix toujours plus bas pour d'autres: "à l'exception de certaines marques comme Chanel ou Hermes, j'ai vu parfois des relations de maître à esclave", déplore Clarisse Perotti-Reille, qui pilote le plan annoncé récemment par le gouvernement pour "sauver la façon française".
Payés au salaire minimum ou guère plus, ces techniciens passionnés s'y résignent par "amour du travail bien fait". "Quand on voit une pièce qu'on a faite dans le journal ou à la télé, on est super fier", témoigne une ouvrière.
Une fierté partagée par les "mécaniciennes" d'Atelier Styl' Couture, une PME d'une quarantaine de femmes, installée non loin de là, à Saint-Berthevin, et spécialisée dans les tissus de luxe.
"Mais il ne faut pas se leurrer. On est en voie de disparition. Certaines marques ont construit des usines à l'étranger et ont transmis le savoir-faire français", s'insurge l'une d'elles, pointant les "délocalisations en masse". Comme beaucoup d'autres, elle ne croit pas "aux bonnes paroles" du gouvernement.
"Les choses bougent. Certains ont réalisé que les façonniers étaient en danger de mort et que leur image de marque allaient en souffrir", assure pourtant Mme Perotti-Reille. Car il en va, selon elle, du maintien du leadership de la France dans la mode avec une part de marché estimée à 34% contre 20% pour l'Italie et 14% pour les Etats-Unis.
Elle s'insurge aussi contre le "faux-problème" du coût de la façon française "qui ne représente que 5 et 10% en moyenne du prix de vente".
"Si les marques moyenne ou haut de gamme donnaient ne serait-ce que 10% de leurs collections aux entreprises françaises, on les sauverait et on créerait des emplois", plaide aussi Isabelle de Maistre, chargée d'épauler Mme Reille.
La jeune patronne d'Atelier Styl' Couture, Cécile Kosmalski, veut y croire: "On ne peut pas laisser le patrimoine français disparaître".
Ingrid BAZINET (AFP) - Le journal français des Etats-Unis -
03 septembre 2009
Phénomène de société ?
La Toile relâche les mailles, les points et les motifs.
Le tricot s’affranchit des modèles.
Qu’est-ce qu’une
conférence sur le tricot peut bien faire au milieu d’un congrès de
hackers ? La scène se déroule en décembre 2007, à Berlin, à l’occasion
de la rencontre annuelle du Chaos Computer Club, l’une des plus
influentes organisations de hackers . Devant un parterre viril de
programmeurs, Rose White, étudiante en sociologie boulotte, tisse des
liens entre le tricot et l’informatique, démontrant comment la pratique
contemporaine de la maille se rapproche de la programmation open source.
Aliénation. Avant les années 60, le tricot est
largement confisqué par l’industrie qui commercialise et contrôle
les
motifs via des publications spécialisées. Ces modes d’emploi destinés
aux ménagères n’indiquaient pas la quantité de fil nécessaire pour
obtenir un pull, mais le nombre de pelotes de leur marque. «Si
vous utilisez notre laine et nos aiguilles et faites exactement ce
qu’on vous dit, vous obtiendrez le pull en photo dans le magazine, explique Rose White, qui estime que l’industrie du tricot a aliéné des milliers d’utilisateurs de leur savoir-faire. C’est
comme comparer Linux et Windows, Linux est une "culture folk" qui se
développe grâce aux connaissances partagées entre ses utilisateurs.
Windows est une culture propriétaire, il fournit des machines très
puissantes aux gens mais leur confisque ce pouvoir en les obligeant à
faire comme on leur dit.»
Aux Etats-Unis, le Linus Torvalds (créateur de Linux) de la maille se nomme Elizabeth Zimmerman, une «geek avant l’heure», qui a révolutionné l’art du tricot dans les années 60 en le rendant à nouveau «open source». Celle qui maniait les aiguilles en toute situation, y compris à califourchon à l’arrière de la moto de son mari, a publié des livres avec des motifs génériques qui ne nécessitaient pas de marque de laine particulière et n’était pas sous copyright. Sa devise était «Tricoter avec confiance et espoir, à travers toutes les crises.» Son objectif : rendre le pouvoir aux tricoteurs en leur permettant de modifier les motifs, d’improviser à partir d’un modèle.
Guérilla. Au même moment, les féministes jettent
les pelotes à la poubelle. Elles les considèrent comme un
outil du
patriarcat pour garder les femmes à la maison. Il faudra attendre le
début du XXIe siècle, pour assister à un étonnant retour en grâce du tricot. Le passe-temps de mémé devient tendance.
Internet a largement contribué à ce renouveau, via les blogs, les
réseaux sociaux comme Ravelry ou des sites communautaires tel
KnitML qui tente de définir un standard universel pour décrire les
motifs. Les passionnés y montrent leur travail, trouvent des conseils,
échangent leurs savoirs. Ceux qui pensaient que l’horizon se limitait
au point mousse découvrent les extraordinaires motifs labyrinthe de
Debbie New ou ceux hexagonaux, inspirés de la vie biologique de Norah
Gaughan. Certains poussent le Do it yourself à l’extrême, allant jusqu’à filer leur propre laine à partir des poils de leur chien.
On ne tricote d’ailleurs plus exclusivement pour s’habiller mais pour s’exprimer, ce que Rose appelle leGuerrilla Knitting.Des
collectifs artistiques comme les Texanes Knitta Please, pionnières
du graffiti en laine qui enveloppent les poteaux des villes d’écharpes
bariolées, ou les Wool Warriors de Knit the City, qui habillent les cabines téléphoniques londoniennes.
Autre jeu de mailles, une communauté confectionne des mitaines rouges pour la statue de Lénine à Seattle ou des chaussettes pour les chevaux de bronze de Central Park. L’artiste Dave Cole fait tricoter un drapeau américain géant par deux grues manipulant des poteaux de bois dans la cour du Mass Moca. Des milliers d’anonymes laissent libre cours à leur fantaisie, postant leurs créations sur le Web, comme cet appareil digestif tricoté, véritable leçon d’anatomie ou cet utérus en laine rose bonbon. ... / ...
Customisation. Un engouement qui témoigne d’une
certaine lassitude pour des produits fabriqués en masse,
coulés dans le
même moule. Si les années 90 étaient celles des marques brandies en
grosses lettres sur la poitrine, aujourd’hui, les gens cherchent à se
différencier en portant quelque chose d’original, d’unique, estime
Clive Thompson dans une chronique pour Wired. «La culture
numérique a toujours été affaire de customisation et d’individualité :
on blogue nos pensées, on met sa vie en photo sur Flickr. Après des
années passées à façonner le monde digital pour qu’il s’accorde à notre
style, il n’est pas étonnant que nous souhaitions reproduire la même
chose dans le monde physique.»
D’après Thompson, grâce à cette révolution de la micromanufacture,
les objets qui nous entourent vont être de plus en plus personnalisés.
Ce service existe déjà chez Etsy ou Ponoko : le client décrit ce qu’il
veut (un pull, un sac, une table), dit combien il est prêt à débourser
et des artisans peuvent proposer de lui en fabriquer sur mesure… Par MARIE LECHNER - liberation.fr -
Je le dis et le répète on peut tout faire en tricot !!!!!
01 septembre 2009
On tond les moutons
Sur la route de la fin du monde, on tond les moutons.
World's End Highway" : la grande route de la fin des mondes. Un
scénario inquiétant. On la trouve sur la droite, en quittant les
collines venteuses de Burra où les premiers colons se creusèrent des
maisons dans la roche. Mineurs le jour, troglodytes la nuit : une vie
de sacrifice. Dès que mes roues ont quitté les terres irriguées de la
Clare Valley, la végétation désolée du bush a repris son règne aride. ... / ...
On surnomme l'Australie-Méridionale "The State Festival", en raison des
nombreux festivals et manifestations qui s'y déroulent toute l'année. A
Renmark, en octobre, on organise la Fête de la rose. Toutefois,
l'inquiétude est palpable dans le regard des habitants de cet Etat :
les derniers étés furent très secs. Trop.
J'en ai parlé ce matin avec Shane O'Bryan, 49 ans. Il était appuyé sur
son pick-up, devant une ferme, avant de reprendre le travail. Shane
tond les moutons mérinos depuis trente-deux ans : un gun-shearer, un as
de la tondeuse payé jusqu'à 2,50 dollars par mouton. "Je tonds plus de
200 bêtes par jour, mon record est de 333", me raconte-t-il, en
gonflant ses bras aussi gros que mes cuisses. Un vrai physique de
lanceur de poids biélorusse. "Avant la sécheresse, on pouvait
travailler presque toute l'année, reprend-il. Mais le nombre de moutons
est en baisse. Beaucoup d'élevages ont souffert. J'ai du boulot huit
mois par an au lieu de onze, l'activité est moins solide."
POIL DANS LA MAIN
Certains shearers partent dans d'autres Etats pour tondre toute
l'année. "Mais ça paie moins ailleurs", précise Shane, entouré de ses
deux fils : Wayne (19 ans) et Shane Junior (23 ans). A quoi
reconnaît-on un gun-shearer ? "A son coup de tondeuse souple, propre,
rapide et efficace, intervient Shane Junior. Le rasoir peut blesser
facilement le mouton mérinos. Il faut beaucoup de force physique pour
plaquer la bête au sol."
La laine, triée selon sa qualité, sera ensuite tassée dans des sacs
d'environ 170 kg dont le fermier peut obtenir jusqu'à 600 dollars. On
ne trouve plus assez de tondeurs : "Les jeunes d'aujourd'hui sont des
fainéants, ils savent qu'il y a de l'argent à gagner dans ce secteur,
mais ils sont effrayés par les intenses journées de travail (de 7 à 18
heures)." Shane O'Bryan leur raserait volontiers ce gros poil dans la
main. - LE MONDE -
31 août 2009
La Lainière de Roubaix
Plongée au cœur d'un passé encore présent
Ils étaient environ 80, réunis hier à 10 h devant la Boîte à Musiques, à la limite de Wattrelos et de Roubaix. Pour les accueillir, Rita Catena, de l'office de tourisme wattrelosien, qui a mené cette visite en compagnie d'une mémoire vivante de la lainière : Georges Dubois. L'histoire personnelle de cet habitant du quartier et ancien employé de la Lainière, est intimement liée à celle du site.
Hier matin, on s'est d'abord arrêté face à la friche Amédée-Prouvost. C'est de là que tout est parti, avec la création du peignage Amédée en 1851. Rue du Fort, d'abord, puis rue de Cartigny en 1893, et enfin vers Wattrelos en 1925. Aujourd'hui, la partie wattrelosienne a été rasée,
mais les bureaux, côté Roubaix sont toujours debout. « C'est ici que l'on travaillait la laine après la tonte », nous rappelle-t-on. Cette laine, venue de Nouvelle-Zélande, d'Australie ou encore d'Amérique du Sud, était donc triée, puis lavée et peignée avant de partir en filature.
À deux pas de là, justement, sera érigée la filature de la Lainière. C'est Jean Prouvost, le petit-fils d'Amédée, qui lance l'entreprise en 1911, avec 300 ouvriers. Passée la « parenthèse » de la Première Guerre mondiale, et l'entreprise va se développer rapidement, jusqu'à atteindre une renommée mondiale. En 1927, c'est ici qu'est née la fameuse marque Pingouin. Rita Catena nous confie l'anecdote : ce nom a été choisi par « un collaborateur de Jean Prouvost, dont le fils lisait une bande dessinée très en voguer à l'époque, Zig et Puce, dans laquelle figurait le personnage d'Alfred, un pingouin ».
En 1950, ce sera le lancement des chaussettes Stemm, dont Eddy Mitchell et ses Chaussettes noires vanteront un temps les mérites. « 750 000 paires sortaient de l'usine à l'époque, raconte Georges Dubois. Et l'on pouvait faire 40 fois le tour de la Terre avec la longueur de fil produit chaque jour à la Lainière. » À force de se développer, l'endroit est devenu « une ville dans la ville ». « Tout était surdimensionné. Rien que la filature 51, c'était une salle de 16 000 m² où travaillaient 1 100 personnes ! » La Lainière construisait des usines au Brésil, en Espagne, en Tunisie...
À Wattrelos, le paternalisme des patrons trouvait aussi tout son sens, avec la création des cités-jardins, et leurs maisons aux toits en triangle, particulièrement confortables pour les ouvriers de l'époque. Un âge d'or qui a pris fin avec les années 1990. Georges Dubois a eu du mal à encaisser « l'arrêt des machines », en 2000. Il est resté encore quelques années, pour participer au déménagement jusqu'à la fermeture de 2004. - PAR WILFRIED HECQUET - roubaix@lavoixdunord.fr
18 août 2009
Matelassier : ...
... du sur-mesure et surtout, du réparable
Dany Bonvallet, dernier matelassier blésois, exerce depuis trente et un ans.
Des métiers insolites, surprenants, passionnants… Ils les exercent
et nous les racontent tout l'été.
Autrefois, les jeunes mariés recevaient en cadeau un matelas. Un bien précieux qui durait la vie, à condition de le remettre en état tous les dix à quinze ans. Jusqu'en 1968, cet état d'esprit faisait travailler vingt-deux matelassiers à Blois.
L'arrivée de nouveaux matériaux comme le latex a changé les habitudes, avec une contrepartie non négligeable, explique Dany Bonvallet, matelassier depuis trente et un ans : « Quand la mousse est tassée, ou les ressorts détendus, ce n'est plus réparable, alors on change. Un bon matelas se compose de trois éléments : la laine de mouton, que j'achète en Auvergne, du crin de cheval et la toile. Le crin, disposé entre les couches de laine, sert à raffermir le matelas. On peut ainsi concevoir sur commande un confort adapté à chacun. »
Les clients de Dany sont des fidèles. L'artisan se charge de transporter le matelas du domicile à son atelier, puis de retourner le livrer. Le matelas est entièrement démonté. La laine et le crin passés à la carde et le tout recousu avec une toile neuve. Ce travail prend en moyenne huit heures. « La société de consommation c'est bien. Mais si on fait ses comptes, à qualité égale, un matelas que je fabrique est au même prix qu'ailleurs. Sauf que le mien est réparable. Et après ça coûte moins cher que de changer », ajoute en souriant Dany, le seul artisan matelassier blésois. DR - La Nouvelle République -
Dany Bonvallet, 35, rue des Cordeliers, 41000 Blois,
tél. 02.54.78.09.58.
08 août 2009
C'est quoi le tricot ?
Tricot : (av. 1713) Action de tricoter.
Ouvrage d'une personne qui tricote. (Le Petit Robert 1973)
Technique permettant, à l’aide d’un fil continu et de deux baguettes pointues, (ou d’une machine),
de confectionner une surface textile composée de boucles entrelacées. Cette structure textile peut
se défaire par simple traction du fil de travail, contrairement à celle beaucoup plus ancienne du réseau
à l’aiguille, dont les boucles doivent être défaites une à une.
Dans un lexique d'ouvrages de dames, de 1739, se lit :
« tricoter toutes sortes de choses en entrelaçant de la soie, de la laine, du fil de lin ou de coton avec des aiguilles appropriées et donner ensuite la forme requise à chacune de ces pièces, est une science ».
Sur Wikipedia en 2009 :
Le tricot est une technique permettant de produire une étoffe à partir d'un fil continu de laine ou d'autres fibres textiles. Le tricot est constitué de plusieurs boucles appelée mailles passant à travers l'une l'autre. Les mailles actives sont retenues sur des aiguilles jusqu'à ce d'autres mailles passent au travers.
En utilisant différents styles et grosseurs de fils et d’aiguilles à tricoter, il est possible de réaliser divers produits en donnant à la pièce finale une variété de couleurs, textures, poids, structure et effet.
04 août 2009
A Carnac, ...
... le Landes de Bretagne maîtrise la flore de la lande.
Le site de Carnac est un lieu emblématique de la Bretagne. ... / ...
Démonstration y a été faite que ce petit ruminant a des capacités à
maîtriser la flore semi arbustive, y compris celles à épines comme
l´ajonc par exemple. ... / ...
Ces animaux considérés comme très adaptables aux différents milieux ne
pâturent pas au sens strict du terme sur ce type de parcours mais se
contentent d´abroutir les extrémités végétatives avec une bonne gestion
des ligneux. Cette adaptabilité au milieu se concrétise par un
comportement lié à la configuration du site et au couvert végétal.
Des situations similaires abondent dans le Grand Ouest (Réserve de
Goulien Cap Sizun, Landes de Brocéliande, Réserve du Duer Sarzeau,
...). Parfois la demande est de maintenir le paysage ouvert et ce, sur
des superficies relativement importantes pour l´Ouest. La ruralité liée
à la perception des paysages est posée au travers de leur entretien
voire de leur maintien.
Le 26 mai 2008 par Louis Reveleau, chargé de mission auprès du Crapal
C'est un mouton de petit format : 50 à 60 cm au garrot. Le poids est compris entre 40 et 50 kg pour les
brebis. Le profil céphalique est rectiligne, comme l'ancêtre sauvage, la tête étant allongée et fine. Le chanfrein des béliers est légèrement busqué. Les oreilles sont petites et dressées.
La robe est le plus souvent noire, parfois blanche, et la toison semi-ouverte. Les extrémités des moutons blanc sont le plus souvent légèrement à moyennement tachées, mais il existe des animaux à poil blanc lustré et d'autre fortement tachés de roux foncé. La toison n'est pas envahissante, la tête est dégarnie.
Dans la population actuelle, les béliers sont parfois cornus. En Basse-Bretagne, les béliers sans cornes sont appelés maout-Spagn, ce qui signifie «mouton espagnol.» En breton, le qualificatif "-spagn" est utilisé pour ce qui est exotique (par exemple : "yar-Spagn" = poule d'Espagne = dinde). À l'origine, le Mouton des Landes de Bretagne serait donc cornu à l'image du Mouton d'Ouessant. Les cornes ont parfois une forme particulière qui rappelle le Mouton gallois. Même les brebis pouvaient porter des cornes, un indice d'archaïsme de la race. Au cours de son voyage en France à la veille de la Révolution, l'agronome Arthur Young indique que les brebis de Missillac portaient des cornes. Dans L'Université catholique, ouvrage collectif de 1843, un article de l'abbé Maupied indique qu'«en France, la race flandrine, celle de Sologne, la bérichonne, la roussillonne et nos petits moutons de Bretagne sont nettement tranchées entre elles... Bien plus, dans la petite race bretonne, nous avons vu des brebis porter des cornes comme les mâles, quoique les autres brebis n'en aient pas ordinairement. » Dans Etude de nos races d'animaux domestiques et des moyens de les améliorer, J. M. Magne signale en 1857 des moutons bretons « petits, à tête fine, sans cornes ou avec de grosses cornes formant des spires allongées », dont la laine est grossière : « dans beaucoup de béliers, le cou, le garrot et les cuisses portent une laine comparable au poil le plus grossier des chèvres. »
La queue du Mouton des Landes de Bretagne varie de manière importante dans son développement. Elle est plus ou moins longue, les queues courtes (comme le Mouton d'Ouessant) sont un indice d'archaïsme, plus proche de leur ancêtre sauvage. Wikipedia

